Entre terre et mer, quel avenir pour la pêche ?

Entre terre et mer, quel avenir pour la pêche ?

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La revue Alternatives sud, du premier trimestre 2017, éditée par le Centre tricontinental (CETRI) à Louvain en Belgique et Syllepse à Paris, propose un panorama proche des analyses du Collectif Pêche et Développement.

Cet ouvrage a été produit dans le cadre d’une collaboration du CETRI (www.cetri.be/) avec la CAPE-CFFA (Coalition pour des accords de pêche équitables, www.cape-cffa.org).

Disponible aux Editions Syllepse, 69 rue des rigoles, F-75020 Paris, France, edition@syllepse.net). Prix 13 €.

Le résumé de l’éditorial de Laurent Delcourt ouvre sur un panorama des contradictions actuelles : « La hausse constante de la consommation de poisson a fait de la pêche une industrie lucrative. Mais le boom de l’halieutique s’est aussi traduit par une explosion des inégalités, une aggravation des conflits pour le contrôle de la ressource et un effondrement des stocks. Pour y faire face, les institutions internationales ont surtout fait appel à des mécanismes de marché, qui menacent les conditions de vie déjà précaires des communautés de pêche artisanale, sans résoudre la crise ».

Suivent des articles fouillés émanent de différents pays :

« Politique de pêche au Brésil : du néodéveloppementtisme à la reprise néolibérale » depuis l’arrivée du Parti des Travailleurs et ses avancées sociales, en passant par la promotion de la pêche industrielle et de l’aquaculture, jusqu’au tournant néolibéral avec Temer…

« Dépaysannisation de la pêche philippine au service du marché mondial » : L’épuisement des ressources halieutique est imputée aux paysans-pêcheurs, afin de renforcer l’exploitation capitaliste orientée vers l’exportation ; les pêcheurs artisans sont marginalisés et frappés par la malnutrition.

« La crise du modèle néolibéral chilien de la pêche » : Ce modèle, marqué par la corruption a fini par diviser les pêcheurs et leur puissant syndicat Conapach et par imposer la privatisation au profit des acteurs industriels en dépossédant les pêcheurs artisans et les peuples autochtones. Ce modèle « extractiviste » aboutit à la surexploitation légale et illégale.

« A Goa en Inde, des villages de pêcheurs laissés-pour-compte du « développement »  : Les expériences de cinq villages de pêcheurs face à divers projets de développement urbain et touristique prouvent leur résistance en matière de sécurité alimentaire et de préservation de l’environnement et de l’emploi.

« Pêcheurs à petite échelle en Afrique du sud : menaces et opportunités » : Dans cette société « post apartheid », les pêcheurs à petite échelle ont résisté au processus d’attribution des QIT pour faire modifier la loi en faveur de la pêche à petite échelle et des droits collectifs.

Les derniers articles abordent des problématiques transversales :

« Stratégies d’accumulation impérialiste de la pêche européenne au thon » : La flotte de pêche thonière hauturière européenne est dominée par des entreprises françaises et espagnoles qui recherchent constamment de nouveaux espaces à exploiter. L’Union Européenne les appuie par des préférences tarifaires inscrites dans les relations post coloniales. (Accords de Partenariat Economique).

« L’abus de pouvoir, vecteur du pillage des ressources de la pêche » aborde la question de la pêche INN (illégale, non déclarée et non réglementée) et de la complicité d’acteurs étatiques dans une course à la maximisation des profits. L’exemple du Sénégal analyse le rôle de l’Etat et de l’investissement privé dans la criminalité économique du secteur de la pêche.

« Privatisation et emprise des entreprises sur les politiques de pêche internationales ». Alors qu’en 2014 la FAO a promu les « Directives volontaires visant à assurer la durabilité de la pêche artisanale dans le contexte de la sécurité alimentaire et de l’éradication de la pauvreté », le nouveau credo est l’approche « fondée sur les droits » qui conduit à la privatisation et à l’accaparement des mers sous couvert de « croissance bleue ».

« Aires marines protégées et droits fonciers des communautés de pêcheurs ». Généralement ces aires marines protégées fragilisent les communautés de pêcheurs, sauf si celles-ci sont impliquées dans la conception et la mise en pratique de ces aires. Les objectifs sociaux acquièrent alors la même importance que les objectifs de conservation.

La lecture de cette série d’articles ouvre à la réflexion sur les écueils de la gestion des pêches sur notre planète, mais aussi sur son importance pour notre avenir à tous.

Par  SCHMITT Odile

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