Innovation numérique : La révolution annoncée des technologies blockchain

Innovation numérique : La révolution annoncée des technologies blockchain

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L’apparition récente de nouvelles technologies numériques comme la blockchain ouvre d’intéressantes perspectives pour faciliter la conduite des activités commerciales dans le secteur agricole des pays ACP.

La blockchain, parfois traduit par “registre partagé”, désigne une innovation technologique récente : une méthode d’inscription des données dans un registre numérique qui consigne les transactions, les accords et les contrats. Cela permet un transfert immédiat des données numériques et réduit – voire élimine complètement – la nécessité d’utiliser des intermédiaires, par exemple les banques et autres prestataires de services financiers. Son approche décentralisée permet aux acteurs des réseaux de chaînes d’approvisionnement ou des projets d’agriculture sous contrat – agriculteurs, grossistes, prestataires de services financiers, jusqu’aux supermarchés – de négocier plus rapidement et de manière plus transparente. En éliminant le recours à des intermédiaires, l’évolution et l’adoption de cette technologie déstabilisera le secteur bancaire, les marchés boursiers et la prestation de services d’assurance et devrait ainsi révolutionner à l’avenir la conduite des activités commerciales. Ceci dit, le monde agricole n’a pour l’instant pas encore les connaissances ni les capacités nécessaires pour adopter et utiliser cette innovation, en particulier dans les régions ACP.

Bien que l’utilisation de la technologie blockchain dans les chaînes de valeur agricoles soit encore relativement nouvelle, elle est intéressante du fait qu’elle permet une gestion efficace et rentable des affaires et des paiements instantanés. Elle contribue aussi à stimuler des partenariats innovants au sein même de ces chaînes. Par exemple, un agriculteur prêt à vendre sa production peut négocier avec un acheteur en passant par une plateforme fondée sur la blockchain, telle une application mobile. L’acheteur peut à son tour traiter rapidement avec un grossiste éloigné. Ce système présente pour tous l’avantage que les paiements sont effectués électroniquement, avec ou sans l’intermédiaire d’une banque, et que les transactions sont suivies et validées. Si les paiements se font sans banque, il est possible d’utiliser des monnaies numériques ou des crypto-devises comme le bitcoin.

Des registres numériques

Les dossiers papier, les promesses verbales et les accords complexes entraînent des baisses importantes de la valeur des cultures entre la récolte et la vente. L’émergence de la technologie blockchain peut toutefois permettre de surmonter ces problèmes grâce à l’utilisation d’un registre numérique sûr et partagé. Cette approche a été efficacement mise en œuvre par AgriLedger, un projet d’entreprise sociale établi en 2016 pour fournir des solutions numériques aux petits exploitants agricoles.

L’entreprise a développé un registre numérique inaltérable pour consigner le parcours des produits tout au long des chaînes de valeur, ce qui garantit leur authenticité et leur qualité. Les consommateurs font davantage confiance aux produits parce que leur origine, parcours et sûreté sont traçables du champ à l’assiette. En outre, les agriculteurs peuvent utiliser le registre numérique pour améliorer leur comptabilité et prouver leurs revenus, ce qui facilite leur accès aux services financiers. Comme tous les accords réalisés dans la chaîne de valeur sont transparents, il y a moins de corruption et les agriculteurs obtiennent de meilleurs prix pour leurs produits.

 

Le commerce équitable

La start-up anglaise Provenance, créée en mars 2014, a utilisé la technologie blockchain et les données mobiles et libres pour développer un système de traçabilité garantissant davantage de transparence dans la chaîne alimentaire. Plus de 200 détaillants et producteurs du secteur alimentaire et des boissons emploient ce logiciel pour prouver l’origine de leurs produits. L’entreprise Provenance travaille avec plus de douze pêcheurs canneurs certifiés d’Asie du Sud-Est pour suivre leur production de poisson tout au long de la chaîne d’approvisionnement fournissant les marchés japonais, américains et anglais.

La simplicité du logiciel proposé par l’entreprise pour partager des informations vérifiées sur les produits contribue aussi à renforcer le travail des organismes de certification et de normalisation en matière de durabilité, comme la Soil Association et FairFood, en facilitant la certification et en soutenant le commerce équitable. “Le réel intérêt de la blockchain, c’est qu’il existe finalement une méthode pour recueillir des données dans les zones productrices reculées et qu’elles soient inscrites dans un registre ouvert ne relevant d’aucune autorité particulière… Les informations sont consignées dans le registre et peuvent également aider les autres entités travaillant à les obtenir – tels les prestataires de services de certification – à le faire de manière plus interopérable”, explique la PDG de Provenance, Jessi Baker.

Bext360, une start-up basée aux USA, utilise aussi la blockchain pour apporter davantage de prospérité et d’équité aux planteurs de café et améliorer l’efficacité de la chaîne d’approvisionnement de la fève à la tasse. L’entreprise a créé une machine qui analyse et évalue sur place la qualité des fèves de café dans les plantations africaines. Les données sont alors enregistrées dans la blockchain et sont consultables par l’acheteur et le vendeur, qui peuvent instantanément négocier, en permettant un paiement immédiat aux planteurs.

La technologie blockchain peut indubitablement avoir des répercussions importantes sur les entreprises agricoles des pays en développement. Cependant, Hervé Pillaud, de la Chambre d’agriculture de la Vendée (France), a souligné à l’occasion d’un récent atelier du CTA sur l’ICT4Ag que, malgré les possibilités offertes par cette technologie pour faciliter des transactions efficaces, le plus important est la nécessaire confiance mutuelle entre les partenaires commerciaux et l’équité de la teneur des contrats intelligents, en particulier pour les agriculteurs.

Malgré les avantages de cette technologie, il est évident qu’il faudra faire beaucoup plus pour sensibiliser les acteurs de la chaîne de valeur, les entrepreneurs et les responsables de l’élaboration des politiques aux opportunités offertes par la blockchain afin que ses avantages soient bien compris dans toutes les régions ACP. L’adoption accrue des TIC dans le secteur agricole, en particulier dans les entreprises agroalimentaires et les coopératives d’agriculteurs, sera déterminante pour généraliser son utilisation. SheenaRaikundalia d’IntelleCapAdvisory Services, qui propose des solutions d’affaires aux entreprises sociales, a toutefois déclaré que “bien que la complexité de la blockchain puisse décourager certaines personnes, il est aussi possible d’en apprécier les avantages”.

 

Suite à l’atelier sur les perspectives TIC4Ag du CTA, axé en partie sur la blockchain, le centre lancera des actions de suivi sur ce domaine. Le CTA recherche également une collaboration avec les institutions intéressées sur ce sujet.

Pour davantage d’informations sur les débats autour des perspectives de l’ICT4Ag sur la blockchain, consulter : https://tinyurl.com/yavhuslu

 

 

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