Mécanisation agricole

Mécanisation agricole

44
PARTAGER
As her colleagues bend double and haul buckets of peanuts to their heads, one woman makes their work easier by singing a lively traditional Senegalese farming song. Joal, Senegal.

Mécanisation agricole

Pour Theo de Jager, président de l’organisation panafricaine des agriculteurs (PAFO), la mécanisation de l’agriculture africaine suppose que les agriculteurs, et en particulier les femmes, se regroupent et s’organisent en coopératives pour pouvoir bénéficier d’équipements modernes.

Quelles devraient être les priorités des deux années à venir pour lancer la mécanisation agricole en Afrique ?

Je vais mettre l’accent sur ce que les agriculteurs peuvent faire eux-mêmes parce qu’une bonne moitié des interventions nécessaires ne relève pas de leurs capacités. Ils sont capables, en se mobilisant, d’essayer d’influencer les politiques mais ils ne peuvent ni amener les infrastructures jusqu’aux zones rurales, ni changer les politiques commerciales. Ce qu’ils peuvent faire eux-mêmes, c’est mieux s’organiser. C’est seulement en se regroupant en coopératives que les petits producteurs pourront atteindre le niveau de mécanisation qui permettra à l’agriculture de passer à un niveau supérieur.

Il ne faut pas non plus retourner aux technologies des années 50 ou 60 si l’on veut éviter que les petits agriculteurs soient toujours à la traîne. Il faut aller vers les technologies les plus récentes. Les nouveaux tracteurs n’ont pas besoin de conducteurs ! Ils sont actionnés par smartphone, ordinateur portable ou GPS. Mais c’est seulement quand les petits agriculteurs s’organisent en grands groupes que ces machines sont abordables et qu’ils acquièrent l’expertise nécessaire pour les utiliser et les entretenir. La première condition de la mécanisation est donc l’organisation en ce que nous appelons des coopératives, mais cela peut porter d’autres noms.

La seconde condition concerne les relations que les producteurs entretiennent avec les marchés, puisque ceux-ci sont la seule force de traction de l’agriculture. Nous devons produire en fonction de la demande des marchés, et celle-ci évolue rapidement, même en Afrique. Il y a maintenant plus d’Africains vivant dans les grandes villes que dans les zones rurales. Or les citadins se procurent leur nourriture dans les rayons des magasins. Les aliments doivent donc être emballés et transformés, ce qui nécessite le développement de chaînes de valeur – de préférence par les agriculteurs plutôt que par les gouvernements. En agriculture, les profits se réalisent au cours des différentes étapes qui conduisent un produit de la ferme à l’assiette. Si les agriculteurs d’Afrique peuvent s’approprier ces étapes, leurs bénéfices seront beaucoup plus conséquents. Mais cela n’est envisageable que s’ils s’organisent en coopératives.

Mais il existe déjà des coopératives en Afrique. Pourquoi est-ce que ça ne marche pas ?

La réponse diffère selon les régions. Au Congo, au Gabon et même au Ghana, les agriculteurs associent les coopératives à des entités politiques. Ils pensent que les gouvernements les utilisent pour les contrôler. Nous devons donc leur trouver un nouveau nom – en les appelant « cercles » ou « clubs », par exemple – et changer d’état d’esprit.

Y a-t-il un lien entre les subventions élevées accordées à l’agriculture et le fait que les équipements soient laissés de côté ?

Pour que les agriculteurs aient accès aux machines, il faut qu’elles soient abordables. Les subventions rendent les équipements abordables, mais ne constituent pas une solution viable. Un élément clé est aussi la gestion des pannes. Un petit agriculteur ne peut se permettre de payer un mécanicien, mais cela devient possible si une centaine de petits exploitants se rassemblent pour posséder une machine. Par ailleurs, la formation professionnelle est quasiment inexistante en Afrique. Il faut pourtant des formations spéciales pour savoir se servir d’une machine, c’est pourquoi des programmes d’échange pour les jeunes sont indispensables.

Les femmes sont plus engagées dans l’agriculture. Comment la mécanisation peut-elle faire face à cette réalité ?

C’était effectivement un problème dans le modèle de mécanisation globale d’il y a vingt ans parce que les femmes n’étaient pas considérées comme assez fortes pour manipuler de grosses machines. Aujourd’hui, l’opérateur n’a qu’à tapoter sur son smartphone. La technologie évolue en permanence et les jeunes doivent en tirer parti. Donc, si nous souhaitons que les femmes s’engagent dans la mécanisation, il faut leur proposer les technologies les plus récentes – et nous devons cibler les jeunes femmes. C’est sur elles que repose l’avenir de l’agriculture africaine.

Bénédicte Châtel

LAISSER UN COMMENTAIRE